Tricoter un vêtement #1, choisir sa laine

Tricoter un vêtement adulte me prend généralement des semaines, il est rare que je tricote un pull ou un cardi en un mois, et je ne parle même pas des pulls pleins de torsades pour messieurs… J’ai constaté également que j’avais tricoté pas mal de choses depuis tout ce temps, sans forcément parvenir à les porter. Pourquoi ? Parce que le choix de la laine et de la taille sont très importants.
Plusieurs raisons se sont révélées :
– je n’obtenais pas le résultat escompté : problème de taille, problème de rendu général etc…
– problème de style : un tricot que je n’arrive pas à assortir à ma garde-robe
– problème de forme : le meilleur exemple reste le carré magique de La Droguerie, importable avec un manteau ou une veste, donc veste pour la maison.

Ces derniers temps, je me suis appliquée à réaliser des tricots que je porterai tous les jours, pour aller travailler etc… Et je me suis rendu compte que toute la phase préparatoire était très importante et surtout, que j’avais eu tendance à la négliger par le passé.

J’ai envie de partager avec vous aujourd’hui les étapes de ma phase préparatoire, sachant que ça n’est qu’une vision des choses, loin de moi l’idée de vouloir dire ce qui est bien et ce qui ne l’est pas ^^
Afin d’éviter un gros pavé, je vous propose d’étaler le sujet sur deux jours : d’abord le choix du modèle et le choix de la laine et enfin le choix de la bonne taille.
En général, je commence par me poser la question du modèle, mais parfois, comme en ce moment, je suis partie du fil. Mais les questions sont les mêmes, même si elles ne sont pas dans le même ordre ^^

Le choix du modèle de tricot

La première question que je me pose est de savoir comment je souhaite porter ce vêtement :
– quand ai-je envie de le porter : tous les jours, même au travail ? Plutôt à la maison pour me tenir chaud ? Pour une occasion particulière ?
– avec quoi vais-je porter ce vêtement ? Comment l’assortir aux vêtements que je porterai avec, en termes de style et de forme ?
– quel genre de vêtement correspond à ma morphologie ? Je sais que, faisant plus qu’un bonnet B, j’aime pas trop les pulls épais, j’ai du mal à porter mon pull Owls par exemple… Se sentir bien dans son vêtement tant physiquement que moralement est super important.

Un rapide coup d’oeil à ma garde-robe me permet généralement de tempérer mes ardeurs et de recentrer le débat ^^avant la phase de recherche sur Ravelry.

Par exemple, dans ma garde-robe, il y a beaucoup de robes, j’évite donc les pulls au profit des cardi. Je sais que je suis plutôt du genre noir ou gris, je peux donc opter pour de la couleur ou des laines non-unies pour mes tricots, cela ne posera pas de soucis pour assortir.
Je dois me diriger aussi vers quelque chose de pas trop épais afin de pouvoir enfiler un manteau ou une veste.

Vient ensuite la phase la plus chouette (mais aussi la plus chronophage), la recherche sur Ravelry ! Outil indispensable, le fait de pouvoir aller jeter un oeil aux projets déjà réalisés et lire de précieux conseils avant de se lancer. Et puis, c’est souvent une grande source d’inspiration.

Le choix de la laine

Quel type de laine pour mon projet ? Comment choisir sa laine pour obtenir la bonne équation entre le modèle et la matière souhaitée ? C’est très subjectif tout ça, mais les différentes matières auront pour conséquences des propriétés et des aspects différents.
J’essaie tout de même de choisir un fil appartenant à la même catégorie que le fil utilisé dans le modèle (échantillon relativement proche), je n’aime pas trop recalculer entièrement un modèle…

Les fibres

Les fibres de laine (et les fils issus de matières animales) sont recouvertes de petites écailles, c’est lorsqu’elles se coincent entre elles que les fibres s’accrochent et se retiennent, formant ainsi un fil. En leur appliquant une torsion, on renforce cette accroche, le fil est encore plus solide. C’est à partir de ce principe de base qu’on va pouvoir jouer avec les différentes torsions et les différentes préparations du fil pour obtenir de multiples textures, sans parler des différences entre les races de bestiaux ^^ Les possibilités sont infinies !

Ci-dessous, une photo de quelques membres de la famille « fil à tricoter » en très gros plan, à gauche, quatre exemples de fibres d’origine animale. On retrouve, à différentes échelles, ces petits écailles. Les fibres végétales et les fibres synthétiques, à droite, ont un aspect différent, elles sont presqu’entièrement lisses pour certaines.

Source : http://www.medicalsheepskins.com/

Laine peignée vs. laine cardée

source : wikipedia
en haut, une mèche de laine cardée, en bas, de la laine peignée

 

Toutes les laines passent à la cardeuse avant d’être filées. Les morceaux de toisons vont passer dans des gros rouleaux avec des picots qui vont les aider à se démêler et à éliminer les parties indésirables, ils ressortent sous forme de nappes, sorte de « blocs plats » de fibres qui seront plus facilement filés. La laine cardée est dite woollen ou woolen en anglais.
Une fois filée, il en résulte un fil très aéré, donc plus isolant, où les fibres sont encore enchevêtrées les unes aux autres, elles auront donc tendance à bien occuper l’espace qui leur est alloué car les petites écailles vont pouvoir s’accrocher entre elles un peu partout.

Mais certaines, beaucoup en fait dans le commerce, sont en plus peignées, c’est une étape supplémentaire de « démêlage » où on ne va garder que les fibres les plus longues. Ces fibres vont être placées parallèles entre elles avant d’être filées. En anglais, on dit worsted (comme le poids, mais c’est autre chose).
Il en résulte ici un fil lisse, qui peut être brillant, souvent assez retordu, donc solide. On trouve aussi des laines mèches de laine peignée, la douceur est à tomber. Les petites écailles ici vont s’accrocher aussi, mais moins, car tout le monde est un peu dans le même sens!
Généralement, les matières dites « nobles » sont peignées, pour ne garder que les fibres les plus longues. Mais on peut trouver, par exemple, des fils d’alpagas cardés. J’aimerais beaucoup tester…

Une laine cardée, parfois plus légère, plus mate aura un aspect plus rustique, plus nature (ça veut pas dire que ça pique!), vous aurez vraiment l’impression que le tricot forme une matière d’un seul bloc car il n’y aura que très peu d’espace entre les trous. A contrario, si la laine se place partout où elle peut, la définition de point va s’en ressentir plus ou moins selon les fils, ci-dessous, avec mon fil Shetland, on sent que les mailles se tortillent un peu ^^

echantillon shetland

 

Du coup, ce type de fil sera plutôt pas mal pour les travaux de couleurs et de texture ou de torsades. Les fils de laine cardée ont aussi tendance à moins boulocher car les fibres disposées n’importe comment vont se retenir entre elles:

shetland echantillon2

 

La laine peignée, elle, vous permet une définition de point  impeccable, je vous laisse juger par vous-mêmes : en plus le tricot n’est pas mis bien à plat…

classy fil2

On voit bien que chaque maille se dessine  en particulier et que toutes se superposent parfaitement. Voyez-vous ces micro trous autour de chaque maille ? Ils dessinent bien la maille. Avec les laines peignées, vous obtiendrez de beaux jerseys et point mousse, très réguliers.
De plus, lisses, ce sont des fils qui auront souvent plus d’aplomb, ils vous donneront de beaux drapés. Leur côté plus satiné voire brillants pour certains les rendront parfaits pour sublimer un point dentelle.
A contrario, pour le jacquard et surtout l’intarsia, ce n’est pas idéal, même si je connais quelques killeuses qui arrivent à faire des jacquards impeccables avec ce type de fil…

Ci-dessous un projet intarsia avec une laine superwash (en plus je cumule) : il y a des trous, ça tire, bref, j’avais pas fait le bon choix cette fois-là… Mais ce n’est pas que la faute de la laine 😉

Mini-moustache de Kasa Amend

 

Petite parenthèse sur les laines superwash

Une laine superwash est une laine qui a reçu un traitement chimique lui permettant de pouvoir supporter lavages et essorages en machine. Cela consiste à appliquer un produit chimique qui va lisser ces petites écailles. La plupart du temps, cela renforce la douceur de ce fil, c’est pourquoi le combo machine + douceur rend ces fils particulièrement adaptés à la layette. Ce sont aussi des fils qui, encore une fois selon les qualités, pourront être plus lumineux.
La contrepartie, c’est que ces fibres ultra lisses vont moins bien se retenir et du coup, ces fils auront tendance à se détendre au lavage. Pour les enfants, ce n’est pas très grave, mais pour un tricot adulte, il vaut mieux en tenir compte pour choisir la bonne taille.

 

Les matières végétales

Comme vu plus haut, ces matières très lisses vous donneront de belles définitions de point et de beaux drapés. Selon les qualités, et là, c’est très variable, le lavage pourra changer l’aspect du tricot du tout au tout. C’est assez frappant pour le lin par exemple, qui devient beaucoup moins anarchique après un bain.
Certaines matières végétales, incapables de se retenir pourront être entrainées par leur poids, attention aux longs gilets de jersey en coton. Un point dentelle permet parfois de maintenir tout ce petit monde en place car cela permet d’alléger le tricot.

La soie, particulièrement, se détend au lavage, c’est ainsi, c’est inhérent à cette matière. Cela peut aller jusque 10% d’écart, il est nécessaire d’en tenir compte avant de se lancer dans un projet.

L’échantillon

Ah naan ! Pas çaa.
Si.

Lorsque j’ai mon fil, je vais tricoter souvent au moins deux échantillons afin de trouver le bon duo aiguilles/fil, ce duo qui me donnera la texture et le drapé qui me plaît le plus. J’avoue ne porter pas grande attention aux aiguilles utilisées dans le patron, tout ce que leur demande c’est de donner la matière que je préfère. Et c’est parti! Je fais souvent des échantillons plus grands, pour pouvoir bien mesurer au milieu du tricot.

echantillons

Laine Dream in Color Smooshy tricotée en 3,5 et en 4 mm

Une fois le numéro d’aiguille me donnant la texture et le drapé voulu, je lave mon échantillon de la même façon que je laverai mon tricot final. C’est primordial, car il est extrêmement fréquent que la laine bouge au lavage.
Cet échantillon lavé constitue votre échantillon final, c’est d’après lui qu’il faut compter les mailles aux 10 cm.

Parfois, on ne voit qu’une demi-maille de différence après le lavage, ou même moins. On se dit que c’est pas la fin du monde, sauf que sur 200 mailles avec une laine Worsted qui a bougé d’1/2 maille au lavage, ça fait 3 cm de différence au final. C’est pas un drame, mais ça peut influer sur un petit cardi sensé être bien ajusté.

Voilà, vous êtes équipé de votre modèle, de votre échantillon et de vos aiguilles, prêt pour l’étape suivante!

 

 

 

 

sandra

10 Comments

  1. Mega génial article. J’ai appris des tas de choses sur les laines. Merci!
    C’est vrai que je tricote peu pour moi car je trouve cela trop long et je suis tellement difficile. Par contre, je suis une inconditionnel du cardi (dit gilet chez moi ^^) du coup c’est ma grand mère qui les fait! 😉 J’en ai un que j’aimerais vraiment me faire, mais j’ai peur qu’il devienne le tricot boulet.
    Merci d’avoir partagé , ca aide !

  2. Au cours des années j’ai réalisé que l’échantillon est primordial, surtout quand on connait la façon ultra lâche de tricoter! Il m’arrive d’être obligée de prendre deux numéro d’aiguilles en dessous de la taille voulue. Et c’est vrai qu’au cours des années le choix du pull s’est affiné et que maintenant je sais quoi faire et pour quelle occasion…l’expérience a du bon! Merci pour cet article, j’attends le second avec impatience.

  3. Très intéressant .
    Moi qui suis débutante en tricot!
    Merci du partage.
    Marie

  4. Merci pour cet article, j’avoue que ces derniers mois, j’ai tricoté 2 pulls et un maxi cardigan qui tous ont été défaits car au final le rendu ne me plaisait pas,ou bien ce n’était pas mon style, bref, pas satisfaite ! Et c’est vraiment frustrant de passer autant d’heures pour rien ! Du coup j’ai décidé moi aussi de réfléchir un peu plus avant de me lancer. Souvent je choisis d’abord la laine, et je cherche ensuite un modèle qui va lui convenir, je me dis que ce n’est sans doute pas la bonne façon de procéder ! 🙂

  5. Merci beaucoup pour ce partage, j’ai souvent tellement hâte de me lancer dans mon nouveau projet du moment que je néglige les étapes préparatoires (notamment l’échantillon) et je suis souvent obligée de défaire et refaire. L’expérience n’y fait rien, malheureusement… ^^

  6. merci!!!ça confirme certaines choses que je savais déja(ex:échantillon indispensable malgré les moqueries des autres…)et bien des choses qu’il est bon de savoir car je déteste détricoter,bref j’ai appris des choses sur certaines laines que je n’osais pas utiliser auparavant -)

  7. Pareil, j’ai appris pleins de choses avec cet article ! Merci d’avoir pris le temps de partager !

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