Tricoter un vêtement #2 : le choix de la taille

Alors, on a notre modèle, notre laine et notre échantillon lavé et il faut maintenant éplucher le patron afin de choisir la taille qui nous permettra d’obtenir le résultat escompté.

 

Prendre ses mesures

C’est bête hein, mais c’est vrai qu’on ne se mesure pas tous les jours. Et on peut pas vraiment se fier aux tailles du commerce tant les morphologies sont différentes…

Dans les patrons de tricot, la plupart du temps la mesure de référence pour le choix de la taille est le tour de buste. Cette mesure détermine la construction des emmanchures, c’est la partie en général qu’on bidouille le moins, car si le patron est bien rédigé et bien construit, nul besoin.

Comment se mesurer ?
Il est très important de se mesurer dans les conditions où vous porterez votre vêtement. Par exemple, je prends mes mesures pour me faire un cardi, je vais donc me mesurer en portant les vêtements que je mettrai en dessous, à savoir un petit Tshirt.
Prenez également vos mesures avec le soutien gorge que vous portez le plus souvent. Genre, on évite de se mesurer en portant son super push up façon Gina Lollobrigida dans Fanfan La Tulipe,  qu’on ne met qu’occasionnellement… Après si vous le mettez tous les jours, allez-y !
Attention aussi si vous avez tendance à prendre un bonnet en période de desquamation endomètrienne (ou utérienne ?), attendez quelques jours !

L’idéal c’est d’être à deux, on se tient bien droite et on lève les bras tendus à hauteur d’épaule, la seconde personne vient passer le mètre autour de la poitrine le place sur le bout des seins et derrière entre les omoplates. On baisse les bras le long du corps, on réajuste le mètre sans le serrer et on lit la mesure.

Petite parenthèse ici pour les cas de morphologies où le tour de buste renverrait vers des grandes tailles en raison d’une profondeur de bonnet importante, certaines designer conseillent de prendre ses mesures au niveau de la base de l’emmanchure, à la naissance de la poitrine et de baser son choix de taille sur cette mesure. C’est le « high bust ». Il faudra ensuite venir glisser quelques augmentations au niveau du galbe du sein pour élargir juste cette partie pour éviter que le tricot ne tire trop.
Alors, je suis absolument désolée mais impossible de retrouver ce lien, mais en tout cas, je me souviens qu’il n’y avait pas de tuto spécialement pour réaliser cela. Cela dit, la designer américaine Amy Herzog travaille beaucoup sur ces questions de fit, tout comme Ysolda, n’hésitez pas à visiter leurs sites et blogs 😉 Vous pourrez aussi trouver des infos intéressantes à ce sujet chez la créatrice française Elise Dupont qui accorde également beaucoup d’importance à l’ajustement à sa taille dans ses patrons, le tout étant très bien bien expliqué.

 

Choisir l’aisance souhaitée


Pour bien choisir sa taille, après avoir déterminé avec précision ses mensurations, il faut se demander quelle aisance souhaite-t-on ? La valeur de cette aisance sera à ajouter (ou retrancher si elle est négative) à la circonférence de votre buste trouvée ci-dessus.

L’aisance, comme en couture, c’est la différence entre la taille du vêtement et notre corps. Elle peut être positive, négative ou nulle :
– une aisance nulle, c’est quand le tricot a les mêmes mesures que notre corps : on obtient un tricot ni serré ni loose :

lauren2

Modèle Lauren d’Ann Weaver

– une aisance positive, c’est quand les mesures du tricot sont plus grandes que celles de notre corps : le tricot est plus ou moins loose. Généralement, ce sont des modèles avec pas mal de drapé.

Modèle Cold Breath de Joji Locatelli

– une aisance négative, c’est l’inverse, quand les mesures du tricot sont plus petites que celles de notre corps : le tricot sera ajusté et près du corps. Cela pourra aussi bien mettre en valeur un motif dentelle, comme le modèle ci-dessous.

Modèle Agatha d’Andy Satterlund

 L’aisance conseillée est très souvent indiquée dans les patrons, mais vous pouvez choisir vous-même l’aisance souhaitée en fonction du résultat recherché.
Par exemple, lorsque j’ai tricoté mon gilet Grace de Jane Richmond, je voulais qu’il soit ajusté et près du corps pour qu’il soit un peu moins casual et un peu plus féminin.

J’ai donc enlevé, je crois, 3 ou 4 cm d’aisance à mon tour de poitrine et noté la nouvelle mesure trouvée, on l’appelera X.
x = mesure du buste + aisance  (si l’aisance est négative, le plus devient moins 😉 )

Alors, après pour les cardis, attention à ne pas trop abuser de l’aisance négative car la boutonnière risque de tirer. Dans ces cas-là, soit la taille choisie n’était pas la bonne, soit il faut faire quelques modifs pour mieux dessiner la taille et les hanches (dans ce cas-là, a-t-on bien choisi le modèle ?). Pour les pulls, c’est pareil, si votre tricot tire, vous tirez trop la fibre, elle va s’abimer et boulocher plus facilement.

 

Choisir la taille

Attention, je tiens à préciser que j’applique cette « méthode » (c’est bien pompeux tiens…) lorsque j’ai un échantillon voisin, ce n’est pas une technique pour substituer une laine à une autre qui serait très différente. Ici, je pars du principe que la différence de nombre de rang (donc en hauteur d’échantillon) est facilement compensable, notamment avec le blocage et le fait de tricoter une taille différente. Si on commence à travailler une laine beaucoup plus fine ou épaisse, il faut complètement recalculer les systèmes d’augmentations ou de diminutions. Là, c’est une autre histoire que je ne suis pas certaine de maîtriser ^^

Alors, vous avez votre échantillon et votre mesure de buste souhaitée x, on va dire 95 cm par exemple.
Si votre échantillon est identique à celui du patron, c’est facile. Regardez quelle taille se rapproche le plus de votre mesure souhaitée et suivez les instructions de cette taille. Et pas de panique si vous vous retrouvez à tricoter une taille qui n’a rien à voir avec celle que vous faites d’habitude, si vous voulez une version un peu plus ajustée d’un pull, normal de tricoter une taille S si vous faites du M ou du L d’habitude 😉
Vérifiez tout de même en cours de tricot les longueurs de manches et de pull pour les ajuster à votre goût.

Si votre laine ne colle pas tout à fait  à l’échantillon, il faut faire quelques calculs. On va prendre l’exemple d’une laine choisie qui aurait un échantillon à 20 mailles alors que l’échantillon dans le patron est de 18 mailles.
C’est là que ça se corse, ne partez pas ! Encore une fois, c’est la méthode que j’utilise, mais je suis sûre qu’il y en a d’autres 😉

On va chercher combien de mailles il faut pour faire nos 95 cm avec notre laine à nous : si 20 mailles font 10 cm, combien de mailles font 95 cm ? Il suffit de faire un produit en croix : (95 x 20)/10 ou (mesure souhaitée x mailles de l’échantillon)/ mesure de l’échantillon soit 190 mailles.
190 mailles me donneront 95 cm avec ma laine. Donc mon vêtement aura une circonférence au niveau du buste de 190 mailles. (au lieu de 171 mailles avec la laine qui a un échantillon de 18 mailles).

Si vous tricotez un pull, c’est simple, il va falloir aller rechercher dans le patron quelle taille a un compte de maille au niveau du buste d’environ 190 mailles. Si cela correspond à la taille L (par exemple), vous devrez suivre les indications de la taille L.
Dans tout patron de tricot qui se respecte, il y a un décompte de maille au niveau du tour de buste, tout simplement parce que c’est à ce niveau là qu’on commence à travailler l’emmanchure. Et ce décompte se fait taille par taille.

Si vous tricotez un gilet ou une veste avec une bordure rajoutée après ou une bande de boutonnage, gardez en tête que nos 95 cm représentent tout le vêtement (donc bordures et bandes comprises). Il faudra alors faire un décompte de mailles pour isoler les différentes parties, car sur un gilet fermé les bandes de boutonnages sont superposées l’une sur l’autre 😉
Par exemple, mes 95 cm représentent le tour de buste de mon gilet, bandes de boutonnage comprises. Imaginons qu’elles mesurent 3 cm de large.
Mon gilet mis à plat, boutonné fait donc 95 cm de circonférence.

95 cm représentent la circonférence totale au buste

La partie « corps » fait donc 95 – 3 (on ne compte qu’une largeur de bande car, boutonnées elles se superposent) = 92 cm. Le corps va se tricoter sur 92 cm, soit sur (92 x 20)/10 = 184 mailles.
Il faut donc que je prenne la taille qui compte 184 mailles environ pour le tour de buste.
Il faudra aussi que je pense à réajuster la largeur de ma bande de boutonnage pour parvenir à mes 3 cm théoriques.
Second exemple, mon gilet est un gilet ouvert avec deux bandes qui sont rajoutées après, exemple le gilet Aidez, de Cirilia Rose :

95 cm, bordures comprises

Admettons que les deux bandes de bordure-devant aient été rajoutées après avoir fini le corps et qu’elles mesurent 5 cm de large chacune, 95 cm représentent donc bordure gauche + corps + bordure droite, soit 95 = 5 + corps + 5, le corps fait donc 85 cm soit 170 mailles.
Je dois donc choisir une taille où le décompte de mailles à la poitrine se rapproche le plus de 170 mailles. Il faudra aussi veiller à tricoter une bordure de 5 cm large. Mais bon, un gilet ouvert comme celui-là tolère quelques petits centimètres d’écart au niveau des bordures 😉

Si la bordure est attachée directement au corps au fur et à mesure, la question ne se pose pas, vous pouvez considérer que 95 cm est la largeur totale du corps (puisque la bordure y est inclue ^^)

Il ne faut pas hésiter à essayer très régulièrement, par exemple, je rajoute toujours entre 3 et 5 cm aux manches longues, je dois avoir de grands bras…

J’espère que je ne vous ai pas trop embrouillé(e)s et que cela vous aidera à tricoter des vêtements que vous porterez avec plaisir !

sandra

10 Comments

  1. Ouch !! Lu rapidement ça fait un peu peur, mais bon, je vais m’y remettre à tête reposée et étudier ça de près. Merci Sandra !

  2. coucou
    cette fois-ci je me permets de laisser un message car je suis quasiment à chaque fois confrontée au problème de taille .Souvent je lis à gauche ou droite (dans les blogs )qu’au lieu d’avoir fait un L ,il ou elle avait fait un M pour avoir la même taille et ne pas avoir à tout recalculer.Et souvent on part dans la taille la plus petite
    Par contre dans mon cas j’ai rarement de la chance ,car avec une taille XS ,je n’ai aucune taille en dessous ! donc je me débrouille comme je peux en recalculant (vive la preuve par 3 ou alors on cherche un coefficient multiplicateur !)mais j’avoue que souvent çà me fatigue avant même d’avoir commencé ; et souvent c’est pas bon ,j’ai vu trop serré ou alors c’est encore trop grand !!
    bref et après on dit (enfin certains le disent encore car je l’ai entendu !) le tricot c’est ringard et mémère !!!
    s’ils savaient tout le boulot (tricotage ) et calcul que çà représente !!
    mais bon, bravo pour cet article et pour les très beaux cardigans qui SONT toujours en anglais !
    bonne soirée

    Cosette

  3. Bon alors, j’ai tout relu à tête reposée, et c’est tout simplement lumineux !
    Promis, je passerai maintenant systématiquement par l’étape « échantillon », j’en ai trop marre de détricoter sans cesse !
    Bonne journée !

  4. J’aime beaucoup ton modèle Jane Richmond.
    Dommage en tricot, j’ai rarement la patience d’aller au bout de mon ouvrage. 🙁

  5. Bonjour
    Je recherche un logiciel pour créer mes propres modèles, cela existe t il?
    Merci

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